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Blog d'un végéta*ien gauchiste qui fait du taijiquan d'origine judéo-bretonne entre l'Occitanie, le cercle polaire, et la forêt amazonienne. Au départ un blog de cuisine, au final un peu plus ...

20 Nov

La Guyane avant les Européens - cycle 3

Publié par Falafel et Piirakka  - Catégories :  #Guyane

Une magnifique chronologie, faite de mes doigts gourds et maladroits

Une magnifique chronologie, faite de mes doigts gourds et maladroits

Comme parfois il m'arrive de travailler, je m'attelle à réaliser un cours à destination du cycle 3 (CM1 - CM2 - 6e) concernant l'histoire de la Guyane. J'imagine que des cours existent déjà, mais à vrai dire je préfère m'en inspirer pour faire mon propre matériel, que je me permets donc de partager. Pour l'instant j'ai uniquement fait la partie précolombienne, le reste suivra, mais comme il est beaucoup plus présent dans les manuels ça m'a semblé moins urgent. Je l'ai fait en deux parties : un récapitulatif de mes différentes lectures, plutôt à destination du prof, que je mets ci-dessous, et un fichier pour les élèves qui se trouve en pdf tout en bas de la page.

 

Avant tout, je tiens à préciser que je suis loin d'être un spécialiste du sujet. Pour rédiger cette présentation je ne me suis en aucun cas basé sur des recherches propres, mais uniquement sur quelques lectures (notamment Bernard Montabo, Le grand livre de l'histoire de la Guyane : des origines à 1848 ; Charles C. Mann, 1491 : Nouvelles révélations sur les Amériques avant Christophe Colomb ; Musée d'Archéologie nationale – EMAK ; Amérindiens de Guyane : des cultures millénaires, d'ou proviennent les illustrations ; et inévitablement sur Wikipédia). Il faut savoir que beaucoup de mes lectures se contredisaient entre elles (notamment au niveau des dates). Même dans les manuels scolaires 2016, les dates peuvent énormément varier (le Nathan pour les 6e place l'arrivée des Humains en Amérique à – 20 000 tandis que le Bordas propose une fourchette entre – 50 000 et – 100 000). Il est donc probable qu'une partie de ce que j'écris soit complètement dépassé.

 

La bibliothèque de Maripasoula, repaire des professeurs désoeuvrés

La bibliothèque de Maripasoula, repaire des professeurs désoeuvrés

On imagine l'Amazonie comme une forêt vierge, pas ou peu occupée par l'être humain. Mais depuis les années 1980 et 1990, les progrès de l'archéologie ont permis de retrouver des centaines de sites d'occupations et d'en savoir beaucoup plus sur les habitants du plateau des Guyanes (Guyane, Suriname, Guyana) avant les Européens. Il reste cependant très difficile de savoir combien de personnes vivaient là, à quel moment, et pour combien de temps, car le climat et le sol amazoniens ont dégradé une grande partie des indices archéologiques.

 

On pense que les premiers habitants sont arrivés environ 8000 ans avant Jésus Christ, il s'agissait sans doute de chasseur-cueilleurs qui vivaient le long du littoral. Alors qu'à leur arrivée ce sont plutôt des chasseurs qui attaquent le gros gibier à l'aide de sagaies et de propulseurs, le changement climatique les pousse à se tourner vers des cibles plus petites et à adopter l'arc. A la même période on trouve les premières traces de cuisson (- 6000), puis l'agriculture et les premières poteries (entre - 4000 et – 2000) apparaissent.

 

De nombreux groupes différents ont vécus dans la région, on en connaît certains grâce aux poteries qu'ils ont laissé. Les poteries de type Aristé aparaissent vers 700, et ont des décors peints en rouge, noir, blanc, et jaune. La tradition koriabo arrive à partir de l'an 1000, elle se caractérise par des motifs (comme des jaguars ou des grenouilles) dessinés en réalisant des incisions très fines sur les poteries.

Urne funéraire aristé

Urne funéraire aristé

Les Amérindiens vivant en Guyane aujourd'hui peuvent se répartir en plusieurs familles linguistiques : le groupe arawak (qui comprend les Lokonos et les Palikurs, et s'installe également dans les Antilles), le groupe caribe (Kali'nas, Apalaïs, et Wayanas), et le groupe tupi (Tekos et Wayampis). Chacun de ces groupes a une histoire qui lui est propre et est arrivé à un moment différent. Ainsi, les Arawak sont arrivé dans les Guyanes vers l'année 200, les Kalinas vers 1000, les Wayanas vers 1100, les Tupis vers 1450, et les Wayampis vers 1750.

 

L'alimentation traditionnelle des Amérindiens était basée sur le manioc (cultivé à partir de - 5000) aux côtés d'autre racines (dachines, ignames, patates), de maïs (à partir de - 2000), de fruits (comme l'ananas), et de pigments (le roucouyer, qui sert à produire de la teinture rouge). Ces plantes étaient cultivées sur des abattis autour des maisons. Le mode de production pouvait être élaboré, comme le prouve les nombreuses découvertes de Terra preta, des sols préparés pour l'agriculture par l'ajout de tessons et de charbons qui en amélioraient grandement la productivité. Comme le manioc est toxique lors de la récolte, il doit être préparé, c'est à dire écorcé, râpé, puis pressé à l'aide d'une couleuvre. Ensuite là ou les Bushinengués en font une sorte de farine (le couac), les Amérindiens le font sécher et cuire sous forme de galette (le cassave), ou l'utilisent pour la préparation du cachiri (une sorte de bière amère peu alcoolisée). On a pas trouvé de traces de mammifères domestiques, par contre on sait que les Amérindiens élevaient certains oiseaux (comme les poules, ou certains oiseaux dont les plumes étaient utilisées dans un but décoratif) ainsi que des poissons (dans des nasses). Les Amérindiens continuaient également à pratiquer la chasse (avec des arcs, des sarbacanes, des propulseurs, etc.) et la cueillette.

 

Les Amérindiens vivaient probablement dans des villages de taille réduite, le plus souvent moins d'une centaine de personnes, alternant entre des sites le long des fleuves (notamment au bord des sauts) ou du littoral lors de période de paix (la proximité de la rivière permettait de boire, de cuisiner, de se laver, de circuler, etc.) et des villages fortifiées pendant les périodes plus troublées. Sans être nomades, on suppose donc que les populations étaient assez mobiles, et avaient pas mal d'échanges y compris avec des régions éloignées (notamment l'Amazone, où ils achetaient des bijoux en néphrite, en améthyste, etc.). Certains groupes (comme les Palikurs) semblaient vivre dans de grandes maisons collectives sur pilotis, tandis que d'autres préférait des habitations familiales autour d'une grande case commune (comme les Wayanas).

Carte des sites archéologiques de Guyane en 2005

Carte des sites archéologiques de Guyane en 2005

On a découvert depuis quelques années des dizaines de sommets de collines entourés d'un fossé, souvent avec des traces de palissades. On a donné à ces villages fortifiés le nom de "montagnes couronnées". Les archéologues continuent à en fouiller partout en Guyane, et ce qu'on y retrouve permet d'apprendre beaucoup sur les habitants de la Guyane précolombienne. On a aussi découvert des roches gravées, comme celles de la Carapa, et de nombreux sites de tessons, de pierres taillées ou polies, de polissoirs (rochers ou les Amérindiens fabriquaient leurs pierres polies), etc.

 

Au minimum 8 000 personnes vivaient en Guyane avant l'arrivée des Européens, certaines estimations parlent de 175 000 habitants réparties sur le littoral comme à l'intérieur des terres. En ce qui concerne l'arrivée des Européens, les premiers contacts ont eu lieu à partir de la fin du XVIe siècle : avec le désastre de l'Invincible Armada en 1588 les Espagnols perdent le contrôle des océans, et ça laisse la place pour les Anglais, les Hollandais, et les Français, qui s'installent donc dans les guyanes.

 

Avec le contact avec les Européens, les microbes sont arrivés. Quel que soit le nombre d'habitants avant, il est certain que les maladies apportées par les Européens sur le continent ont causées une très forte mortalité, peut-être la mort de plus des trois quarts de la population amérindienne. Ce n'est que dans la seconde moitié du 20e siècle que la population amérindienne a commencé à remonter. Ces épidémies sont arrivées avant même que les premiers Européens n'explorent la Guyane, au XVIIe siècle (Cayenne est fondée par les Français en 1643) le père Béchamel visite ainsi des régions intérieures censées être très peuplées et tombe sur des déserts, de même au XVIIIe le sergent La Haye ne trouve aucun village kali'na le long du Maroni.

 

En plus de la chute de la population, les sociétés amérindiennes vont être bouleversées par l'arrivée de nouveaux objets, par l'occupation européennes (qui amène l'esclavage à grande échelle), et les remises en cause des visions du monde et des modes de vie traditionnels (avec la christianisation, l'école, la sédentarisation, etc.).

Le travail pour les élèves

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let 21/11/2016 16:10

j'ai bien aimé cet historique, j'y ai appris diverses choses, c'est bien intéressant. C'est bien fait et bien lisible. Merci

À propos

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