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Blog d'un végéta*ien gauchiste qui fait du taijiquan d'origine judéo-bretonne entre l'Occitanie, le cercle polaire, et la forêt amazonienne. Au départ un blog de cuisine, au final un peu plus ...

10 Jan

10 janvier 2017 : pourquoi je fais grève

Publié par Falafel et Piirakka  - Catégories :  #Guyane, #3615 Mylife

Et ouais ...

Et ouais ...

J'ai pas mal hésité avant de suivre l'appel à la grève lancé par le SE Unsa Guyane pour aujourd'hui. J'ai pas mal hésité, notamment parce que je n'aime pas les appels lancé par un seul syndicat (qui plus est par l'Unsa, avec qui je ne me sens pas de proximité particulière, en plus je me suis pas renseigné sur les cuisines internes entre les différentes maisons), parce que j'ai du mal à priver de cours mes élèves (d'ailleurs j'assurerais quand même, mais en tant que gréviste, le cours de mes troisièmes car ils passent le brevet à la fin de l'année), parce que je suis contractuel (et donc évalué par le chef d'établissement, précaire, etc.), et parce que dans le tract d'appel certains trucs ne me parlaient pas du tout (le mépris des personnels, bof, je suis peut être là depuis pas assez longtemps mais je l'ai pas constaté).

 

Au final j'ai décidé de le suivre parce qu'une partie au moins des mots d'ordre me semble cohérente, et parce que je pense que la situation de l'enseignement en Guyane n'est pas acceptable. L'affaire du recteur qui part en catastrophe au bout de quelques mois à cause d'une sombre histoire sur son ancien poste à l'université d'Orléans n'a rien arrangé. De manière générale, je pense que :

- Les programmes français ne sont pas adaptés à la Guyane (des chapitres comme Rome, la Grèce, les métropoles, etc. devraient être au moins adaptés, et à mon avis allégés au profit de trucs plus locaux).
- Les exigences françaises en termes de niveaux non plus (ce qui pousse à triturer les corrections du brevet dans tout les sens).
- Le personnel n'est pas assez formé (il faudrait peut-être mettre en place des dispositifs propres aux zones à fort taux de contractuels, genre formations intensives pour les nouveaux arrivants en août).
- Les spécificités du public (français langue seconde, fortes hétérogénéités de niveaux, beaucoup d'élèves illettrés, etc.) ne sont pas prises en compte : il faudrait multiplier les cours de français (pour non lecteurs, pour non francophones, etc.), les groupes de niveau, le suivi personnalisé, des classes d'adaptation pour élèves qui ont eu leur scolarité dans un autre pays, etc. peut-être aussi systématiser les formations sur les langues, les histoires, et les cultures locales pour le professeurs.
- Certains besoins basiques en matériel ne sont pas satisfaits (imagine t'on des classes métropolitaines sans chauffage ? Ici la plupart sont sans clim. Sans parler du manque de vidéoprojecteurs, du rationnement en photocopies, etc.).
- La situation des sites isolés n'est pas prise en compte (pas de cantines pour les élèves le midi car l'approvisionnement en nourriture aux normes est plus compliqué, pas de remplacement du matériel usagé pour les CAP restauration, pas assez de formations délocalisées sur place, certains personnels comme les COPsy qui doivent tourner sur plusieurs établissements distants de centaines de kilomètres, rien pour pallier aux difficultés de logement pour les enseignants, etc.).
- Pire que les sites isolés, il y a les villages isolés, comme les villages amérindiens qui auraient vraiment besoin de structures de type micro-collèges, afin d'éviter aux gamins de se retrouver déracinés en internat dans un milieu culturel différent dès la sixième, sans possibilité de rentrer chez eux pendant de longues périodes.
- Plus complexe, les règles et les normes de comportement sont parfois très différentes entre la France et la Guyane, et on demande aux élèves une méthode de travail, d'interprétation, et une attitude qu'ils n'ont pas les outils (en dehors du collège) pour appréhender. Et cela n'est absolument pas pris en compte (cela dit je n'ai aucune solution à proposer).*

 

J'oublie sans doute pas mal de choses. Et l'enseignement ici a plein de bons côtés (notamment, soyons francs,  le salaire et les primes). Mais ça reste très difficile que ce soit pour nous ou pour les élèves, et au final ce sont eux qui trinquent (ne serait ce que parce que nous on peut se casser quand on en peut plus, eux non, ils peuvent juste flinguer leur scolarité). Et je pense qu'une grève qui ferait comprendre ça, qui permettrait de mieux prendre en compte la spécificité de l'enseignement ici, pourrait améliorer les choses.

On y croit. Tous ensemble tous ensemble ouais ! Etc.

 

*Rapidement quelques exemples : Certains élèves ne comprennent pas comment ils peuvent avoir faux alors qu'ils répètent le cours par coeur (l'école n'est pas seulement faite pour apprendre, elle est faite pour apprendre à comprendre, et là on franchit une étape) ; d'autres ne comprennent pas que quand une consigne leur est donnée il faut l'appliquer tout de suite et se révoltent quand on leur fait remarquer ("Mais monsieur, c'est bon, je le fais") ; certains trouvent ignoble de devoir demander l'autorisation pour aller en toilettes en cours ; beaucoup pensent que ce qui est important c'est la trace écrite à apprendre, et pas les exercices à faire ; certains profs se vexent quand des élèves refusent de les regarder, alors qu'ici ça peut être une marque de respect ; l'idée de lever la main pour parler est loin d'être acquise ; etc. Résultat il peut y avoir un énorme décalage entre les attentes du professeur et les capacités des élèves, que l'administration ne fait rien pour réduire, ou au moins pour expliquer. C'est vraiment difficile à comprendre, mais c'est à mon avis le principal frein au métier ici.

Le tract de l'Unsa

Le tract de l'Unsa

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ursule 10/01/2017 15:40

mais en métropole c'est la même faut pas croire ! les mômes n'apprennent plus rien et arrivés au bac on leur donne pour certains pour faire de la place mais ils ne savent pas écrire et encore moins compter. Je modifierais tout ce qui est stratif de A à Z. Détruire, stopper, tout reconstruire, voilà la solution. Oter les vieux qui sont dans leur fauteuil avec leur chat qui décident comment apprendre aux jeunes tout en supprimant les cours très importants comme l'éducation civique. La France métropole n'existe plus depuis longtemps et ça devient décevant de pire en pire. Les gauchos se bouffent pour prendre la place mais ils nous ont coulé la France déjà pendant 14 ans, plus 5 à ce jour. Personne ne sait lire à travers les lignes et aux appels au-secours. Il faudrait déjà que la métropole balaye devant sa porte avant d'aider qui que ce soit même à accepter toute la misère du monde à qui on donne tout et que certains n'arrivent pas à se loger alors qu'ils bossent. J'en finis car je disserterais des heures entières. Bon courage toujours est-il !

Falafel et Piirakka 10/01/2017 16:13

Et deux trucs : Non en métropole c'est pas pareil, il y a ici des problématiques spécifiques. Point. Et ensuite dire "les élèves veulent rien savoir, le bac est donné" c'est mignon, mais le collège est au service des élèves, il doit donc s'adapter à eux, pas l'inverse (sinon on peut attendre longtemps)0

Falafel et Piirakka 10/01/2017 15:56

L'éducation civique n'est pas supprimée, et ce n'est pas là que se pose le problème, mais en adaptation comme du papier calque de ce qui se fait là bas ici. Les niveaux sont différents, le contexte est différent, c'est con de faire la même chose ici que là bas. Et surtout ça marche pas. En tout cas je pense.
Par contre les paragraphes sur les gauchos, je préfère pas sur ce blog, c'est le mauvais endroit pour ça. Merci d'avance.

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