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Blog d'un végéta*ien gauchiste qui fait du taijiquan d'origine judéo-bretonne entre l'Occitanie, le cercle polaire, et la forêt amazonienne. Au départ un blog de cuisine, au final un peu plus ...

22 Feb

Saint-Laurent du Maroni

Publié par Falafel et Piirakka  - Catégories :  #Guyane, #3615 Mylife

Un rafiot rouillé (j'en sais pas plus à son sujet)

Un rafiot rouillé (j'en sais pas plus à son sujet)

L'entrée du camp de la transportation

L'entrée du camp de la transportation

J'ai passé le début des vacances de Carnaval à Saint-Laurent du Maroni, la principale ville du fleuve, et aussi la plus grande ville bushinenge de Guyane. Ca a failli mal démarrer : une pote haïtienne m'avait passé deux passeports que je devais passer à des cousins à elle (qui les avaient oublié, ou un truc dans le genre) à Paramaribo. Quand les douaniers de Saint Laurent sont tombés dessus, ils ont commencé à poser des questions, et je me suis rendu compte que si ça se trouve c'était pas super net comme situation, mais au final ils m'ont laissé tranquille.

 

Première impression : mon hôtel a l'eau chaude, la télé, et une piscine. J'avais perdu l'habitude, donc ça m'a pas trop motivé à être en mode visite intensive, donc j'ai pas mal germé à la chambre d'hôtel. J'ai quand même pu visiter quelques trucs. D'aspect général je m'attendais à trouver une version agrandie de Maripasoula, en réalité la ville n'est pas si grande que ça. Par contre, cela se voit que l'isolement est moins important : il y a plus de magasins, les routes sont goudronnées, etc.

 

Le gros morceau de l'histoire de Saint-Laurent, c'est le bagne. Il a laissé une grosse emprunte sur la ville : beaucoup de bâtiments en faisaient partie et ont été reconvertis, et comme il fallait bien occuper les bagnards pas mal ont été affectés aux briquetteries, ce qui fait qu'à Saint-Laurent il y a une omniprésence de briques rouges produites par les prisonniers (comme je suis toulousain, les briques rouges ça me parle assez). A Saint-Laurent, le bagne c'est le camp de la transportation, pour les nouveaux arrivants (sauf les politiques) avant qu'ils soient dispatchés sur l'ensemble de la colonie. Les conditions de vie étaient moins pire que dans les autres camps, la visite m'a même donné l'impression qu'il y avait ici une volonté d'économiser la vie des prisonniers (tandis qu'aux îles du Salut il s'agissait plutôt de faire crever les déportés à petit feu, et je ne parle pas des camps en forêt qui avaient l'air d'être le pire). Enfin, il y avait quand même des cachots, des guillotines, et ce genre de trucs. Pour la petite histoire, pas mal de bagnards étaient mis au service de particuliers en ville, ils pouvaient sortir du bagne pendant leur temps libre, et beaucoup de libérés subissaient ce qu'on appelle le doublage, c'est à dire que leur peine était doublée une fois libérés par une période pendant laquelle ils ne pouvaient pas quitter la Guyane. Cela faisait qu'à Saint-Laurent il n'y avait pas de réelle séparation entre la vie civile et la vie pénitentiaire : prisonniers, libérés, et habitants allaient aux mêmes endroits, faisaient du commerce, etc.

 

Quelques autres trucs en vrac :

- J'ai commencé à prendre des photos dans le camp, comme tout le monde, et puis entre l'emplacement de la guillotine et le quartier des condamnés à mort, j'ai pensé aux débats sur le tourisme à Auschwitz, alors j'ai pris moins de photos. Voir aussi la bibliothèque municipale ou une école de théâtre occuper des bâtiments du camp ça pose question sur la place des lieux de mémoire.

- Le guide qui faisait la visite du camp était super intéressant, un kalina qui avait participé au nettoyage du bagne dans les années 1990, et qui de là avait commencé à s'intéresser à cette histoire, ça faisait des années qu'il faisait le boulot, et ça se sentait qu'il était passionné. Il s'est même pas laissé démonter par mes questions reloues ("Pourquoi le toit était si haut dans les cellules ? Pour l'aération mon enfant.", "Est-ce qu'il y avait une administration prisonnière du camp, comme à Buchenwald ? Non, mais il faut se rendre compte que la séparation entre bagnards et gardiens n'était pas si vraiment étanche.", etc.).

- Le musée du bagne est pas grand, mais assez intéressant. Il y avait notamment une expo sur les habitants de Saint Laurent, avec des témoignages enregistrés, que j'ai trouvé vraiment pas mal.

- A côté de l'office de tourisme où on prend les billets, il y a un petit bar où le service est pas super rapide, mais qui fait des supers granités au café. Niveau autres commerces j'ai pas tenté grand chose, la librairie est pas mal, mais quand même pas au niveau de la Cas'à bulles de Rémire, et j'ai remarqué à Saint-Laurent une profusion de boulangerie et de pâtisseries (en Guyane on remarque ce genre de choses), et la présence d'un fleuriste (je n'ai malheureusement pas pu y faire un tour). Il y a aussi un marché dans lequel on trouve un vaste choix de fruits et légumes, et aussi des nab vam (une boisson vietnamienne au tapioca et à la noix de coco), et ce genre de trucs ça manque à Maripasoula.

Le guide en pleine explication sur les entraves mises la nuit aux punis.

Le guide en pleine explication sur les entraves mises la nuit aux punis.

Les fameuses briques (AP pour Administration Pénitentiaire)

Les fameuses briques (AP pour Administration Pénitentiaire)

Dans l'exposition

Dans l'exposition

I spent the beginning of my holidays in Saint-Laurent du Maroni, the main city of the Maroni river and the biggest bushinenge city. It starts a bit strangely : an haitian friend gave me two passports I had to give to her cousin in Paramaribo, and the customs at the airport were a bit suspicious about that. I started to be afraid, but finally there wasn't any problem.

 

First impressions : there is hot water, TV, air conditioner, and a swiming pool in my hotel. I lost the habit, so I spent a lot of time just there. Generally speaking, I was waiting for a kind of big city, but it's not as big as expected. And it's not isolated as Maripasoula, so it's a good place for shopping.

 

The big deal about this place is history : it was a jail city when the whole colony was penitenciary, so it let a lot of traces. For example a lot of building was part of the jail complex, and there is red bricks from this time everywhere (with a AP mark, for Penitenciary Administration). Here, the penitenciary was a transportation camp, it's here that newcomers (except political prisonners, who was sent to Salut islands) went before being sent to other jails of the colony. Condiations seemed to be a bit better than in other places, here there was the idea to economize lives of prisonners, and in the islands the main goal was more to kill them slowly. Well, there was still solitary confinment, guillotine, chains, and so on. For the story, a lot of prisonners was used as workers for people of the city, they could go in the city during their free time, and a lot of them was supposed to stay here after the end of their time. So in this city there wasn't a clear separation between civilians and prisonners.

 

Some other things :

- I start to take pictures in the camp, and when our guide show us the place where the guillotine was I thought about tourists in concentration camps, so I stopped. See the municipal library, or a theater school in these building, it was a bit strange too. It makes me ask a lot of questions to myself about these kind of memory and suffering places.

- Our guide was very interesting, he is an amerindien who participate to clean the place with the army during the 1990's, and after that he started to be interested about the story of his city. He seemed to be passionnated, so it was great.

- The museum is a nice place too, there was an exposition about people who lives in the city, very interesting.

- Near the turist office there was a small bar, very slow but with yummy coffee granités. There is a nicebookshop too (not as good as in Rémire), and a lot of bakery and pastry (when you are in Guiana you start to watch these kind of stuff), and even a flower shop. There is a nice marketplace too. A lot of things which are missing in Maripasoula.

Le marché, le truc que je veux à Maripasoula

Le marché, le truc que je veux à Maripasoula

L'église, parce que j'aime les églises

L'église, parce que j'aime les églises

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