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Blog d'un végéta*ien gauchiste qui fait du taijiquan d'origine judéo-bretonne entre l'Occitanie, le cercle polaire, et la forêt amazonienne. Au départ un blog de cuisine, au final un peu plus ...

10 Apr

Le point sur la situation - 10 avril 2017

Publié par Falafel et Piirakka  - Catégories :  #Guyane, #3615 Mylife

Une prise de parole en brésilien

Une prise de parole en brésilien

En dehors de mes piteux essais culinaires, il y a aussi des nouvelles à donner, je m'attelle donc à l'exercice.

 

Le mouvement dure depuis trois semaines, trois semaines donc durant lesquelles la vie tourne au ralenti à Maripasoula. Les services municipaux sont fermés, les établissements scolaires aussi, et on ne peut pas aller faire ses courses en face car le dégrad est bloqué. La Poste, qui est aussi la seule banque, ouvre ponctuellement afin de permettre aux gens de retirer du cash, mais le courrier n'arrive pas. Air Guyane et l'aérodrome sont fermés (sauf pour les évacuations sanitaires et l'armée) et ça commence à mettre en cause mes vacances prévues en Martinique (car à la fin de la semaine je cesse d'être au chômage technique pour être en vacances). Comme il y a toujours des pirogues qui circulent on peut remonter le fleuve pour aller à Saint Laurent et de là prendre le taxi de barrage en barrage pour Cayenne, mais je ne suis pas motivé à ce point. Certains profs l'ont fait, d'autres prévoient de partir en forêt pour les vacances, ou d'aller faire un tour dans les villages. En tout cas on n'a pas de problème d'approvisionnement en nourriture, en eau, ou en électricité, car justement les pirogues continuent à circuler. Mais la situation doit être plus compliquée sur le littoral (comme quoi être en site isolé peut avoir des avantages).

 

En ce qui concerne la lutte, une délégation de Maripasoula et Papaïchton était montée sur le littoral dans un avion spécialement affrété pour participer aux négociations. Ils sont rentrés il y a quelques jours. De manière générale j'ai l'impression que les gens qui se sont mobilisés dès le début le sont toujours autant, mais qu'un fossé apparaît avec les habitants plus passifs. Les manifs continuent, en essayant d'inclure les différentes communautés, par exemple en faisant des interventions en brésilien au micro, ou en organisant un repas partagé inter-communautaire. Enfin, à Maripasoula il n'y a pas eu de gros problème, le pire que j'ai entendu c'était du vandalisme léger au collège, un gars (à qui je dois acheter du piment, note à moi même) qui s'est pris la tête à un barrage car il voulait aller en moto à son abattis et que les autres voulaient bloquer tout les véhicules, et quelqu'un n'a pas serré la main de l'adjudant de gendarmerie quand il est passé faire coucou à un barrage et il trouvait ça pas très sympa.

 

Bref, rien d'impressionnant, mais ça cancane : des métros disent que les Guyanais sont sympas avec leur grève mais que le pays fonctionnerait mieux s'ils bossaient correctement, le village djakate sur les profs qui se croient en vacances, sur les Amérindiens qui viennent soit disant pour manifester et en fait préfèrent aller faire des courses, etc. Certaines maladresses n'aident pas, comme l'UNSA qui écrit au rectorat que les enseignants du fleuve n'ont rien à manger et mettent leur vie en péril en franchissant les sauts de nuit, ce qui est non seulement corporatiste, mais surtout complètement mensonger. Je pense qu'ils ont chargé la barque dans le but d'obtenir un avion spécial pour ramener les profs sur le littoral (c'est un de leurs objectifs, ce que je trouve abusé, pas de raison qu'on ait un traitement préférentiel par rapport aux infirmiers, aux locaux, ou aux élèves). Le seul dont les mérites sont à peu près unanimement vantés est le tenancier péruvien de l'épicerie qui arrive à maintenir ses rayons achalandés, vient d'ouvrir un café (et pas un bar, avec une cafetière Senseo au lieu de rhum, des croissants au lieu de bami et de nasi, de la musique au lieu du RnB dégueulasse, etc. une première à Maripasoula), et est serviable avec les clients (j'ai plus l'habitude).

 

Au niveau de la situation globale, je peux résumer à grande ligne mon sentiment, mais je pense qu'il y a des médias qui en parleront mieux (les grévistes sont branchés sur Radio Péyi, sur internet quand ça veut, car depuis qu'il y a eu un problème à l'émetteur on ne capte plus que Radio Voix du Fleuve Maroni, qui ne passe que des chants religieux). Cela dit pour résumer par points :

 

- Les Guyanais sont véners de voir la pauvreté, les services publics déplorables, les insuffisances d'infrastructure, etc. Je pense que le même problème (un retard à quasiment tout les niveaux par rapport à la métropole) se pose dans les autres colonies.

 

- Un regroupement de collectifs assez divers (ça va de la lutte contre l'insécurité aux Amérindiens, en passant par les syndicats et les promoteurs du djokan) bloque le pays, ce qui prend la forme de grèves et de barrages routiers. Le centre spatial a l'air d'être le point de crispation : comme disait Mitterrand "On ne lance pas des fusées sur fond de bidonvilles", et pourtant ... Comme les transports sur le littoral sont organisés autour d'une seule route, il n'est pas très compliqué de tout paralyser.

 

- Le gouvernement a envoyé deux ministres, qui ont promis un milliard quatre-vingts cinq millions d'euros. Ca paraît énorme, mais étalé sur dix ans c'est loin d'être assez pour combler les retards structurels. Les collectifs ont donc dit que le compte n'y était pas.

 

- Les ministres sont partis, les collectifs ont chiffré des demandes pour environ trois fois plus, et veulent également un changement de statut (qui avait été refusé par référendum en 2010, à ce qu'on m'a dit la campagne avait été sur le thème : "En cas d'autonomie, plus d'aides sociales"). On sait pas trop ce que ça va donner, mais ça continue. Comme les élections françaises sont bientôt, il est possible que l'on ne gagne rien de plus. D'un autre côté, si le pays est encore bloqué quand le futur gouvernement arrive il peut choisir de tout régler pour montrer son efficacité, et puis la métropole peut pas laisser le centre spatial à l'arrêt indéfiniment. Bref, on verra bien ...

 

A mon avis, la Guyane n'a pas tant besoin qu'on lui injecte ponctuellement du biffe que d'un plan de développement autonome. Les politiques publiques ont été pensées comme si la Guyane était une région de la métropole un peu difficile d'accès, ponctuellement on a fait du bricolage pour adapter, mais sans jamais sortir de ce cadre et voir que la Guyane s'inscrivait dans un contexte géographique, économique, démographique, etc. totalement différent. De cette manière, au lieu de chercher à recruter local (par exemple en adaptant les concours et les diplômes nécessaires) on a cherché à attirer les métropolitains (d'où la prime exorbitante de 40% pour les fonctionnaires), au lieu de réfléchir aux échanges avec les pays voisins on à voulu faciliter ceux avec la métropole, et ainsi de suite. A mon avis, en plus des mises à niveau des infrastructures (collèges, lycées, routes, hôpitaux, etc.) il faudrait donc privilégier le recrutement local, diversifier les formations professionnelles, adopter le multilinguisme, investir dans l'agriculture et l'agro-industrie pour atteindre l'autosuffisance, sortir du cadre législatif français et européen pour privilégier une coopération guyano-brésilo-surinamaise, et bien sur le socialisme et l'autogestion généralisée. Au moins. Tout ça passerait par l'autonomie (et faudrait être vigilant sur les formes qu'elle prendrait, faudrait pas non plus que le littoral oublie l'intérieur) et coûterait beaucoup de thunes, donc je suis pessimiste.

Une autre photo de manif

Une autre photo de manif

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